REMAKES : BEN HUR & LES 7 MERCENAIRES

Les remakes ou la volonté de refaire, de reprendre une histoire, une idée pour en faire une nouvelle oeuvre. Une spécialité que le cinéma hollywoodien semble apprécier pour être sur de faire venir le spectateur, le rassurer, le conforter dans ses goûts, mais avant tout pour être sur de rentabiliser au maximum l’investissement placé dans ses produits. Ma vision de ce procédé est très pessimiste, je vous l’accorde, mais préparez-vous à vous bouffer du remake de Jumanji, Roi Lion, Jack Burton, The Crow, Escape form New York, et bien d’autres dans les prochaines années…

En ce mois de septembre, on a eu deux remakes, deux remakes et pas des moindres : “Ben Hur” et “Les 7 mercenaires” !!! Rien que ça… Des vieux films certes, mais deux monstres sacrés du cinéma et j’ose même le terme : des CHEFS D’OEUVRE !!! Deux films qui illustrent assez bien le problème que j’ai avec ce type de projet…

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C’est pour cela que cette semaine, j’ai décidé de vous parler de ces deux films en les comparer avec leurs ancêtres poussiéreux. Une sorte de duel dans une arène romaine ou dans la rue principale d’une ville du grand Ouest américain. Il va y avoir du sang, des larmes et quelques coups de gueule (je préfère prévenir).

IL ÉTAIT UNE FOIS

Nous avons d’un coté une histoire qui se place à l’époque de l’Empire romain et plus particulièrement à Jérusalem, la mythique ville de Judée, dans laquelle Ben Hur et son frère adoptif Messala coulent des jours paisibles. Et de l’autre coté, 7 mercenaires du grand Ouest américain qui vont unir leurs forces pour sauver les habitants d’une ville. Des histoires qui promettent des moments de bravoure, des affrontements et des personnages aussi attachants que courageux.

“Ben Hur”, dans sa version de 1959, a gagné la bagatelle de 11 Oscars en 1960 et avait pour acteur phare l’immense et charismatique Charlton Heston. Une histoire de frères élevés ensemble et qui vont devoir s’affronter, car leurs origines et le contexte géopolitique de l’époque ne leur permettent plus de vivre en harmonie. Un film rempli de mystique, de puissance et qui nous offrait le destin croisé de deux hommes à l’esprit de revanche tellement puissant que celui-ci explosait dans une scène finale d’une course de chars hallucinante.

57 ans plus tard, septembre 2016 pour être précis, que reste-t-il de “Ben Hur” et de son héritage? Pas grand-chose à vrai dire, une version aseptisée qui ne comprend pas l’intérêt et la puissance narrative de son ancêtre de la fin des années 50. On passe de 3h32 à 2h04 avec la prétention de vouloir dire les mêmes choses… Forcement le résultat final parait bâcler, n’appuie pas où il faut et se contente de survoler les possibilités cinématographiques du roman d’origine de 1880 de Lew Wallace.

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Ce n’est guère mieux pour nos amis cow-boys, super héros en jeans et colts qui brillent, qui ressemblent plus à des pionniers à dos de poneys qu’à de véritables sauveurs de faibles badauds victimisés par des hommes sans scrupules. La version de 1960 tenait sa force dans la simplicité de son histoire, 7 mecs qui décident de venir en aide à des villageois mexicains persécutés avec pour simple motivation que de tuer l’ennui, prouver leurs valeurs et récolter la reconnaissance de leurs supporter. Dans la version actuelle, les 7 mercenaires ressemblent plus à une parodie qui se rêvait en hommage et dont l’utilité ne s’est toujours pas manifestée… La simplicité est morte avec le respect des aînés dans une surenchère maladroite et des effets de manche presque ridicule et dont le sentiment de gêne est parfois palpable.

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MES GARS SURS

Je vous laisse imaginer la violence ressentie quand on passe de Jack Huston, Toby Kebbell et Morgan Freeman en rastas du proche Orient à Charlton Hestion, Stephen Boyd et Jack Hawkin, cette violence est indescriptible!! On part d’acteur à l’éloquence et au charisme qui transpirent à deux acteurs-mannequins pour slip et à Morgan “je cashtone” Freeman. Rajoutez à ça des dialogues qui desservent totalement la portée épique du film de 1959 et la dramaturgie de 2 frères qui ne se reconnaissent plus. Le personnage qui illustre le plus le malaise de cette version 3.0 de “Ben Hur” est Jésus, ouais Jésus, un Jésus suggéré et donc iconisé dans l’ancienne version, mais trop mis en avant aujourd’hui, et cela sans aucun scrupule…

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Les 7 mercenaires ne font pas l’erreur de cet ultime Ben Hur : Denzel Washington, Chris Pratt, Ethan Hawke sont là pour faire claquer du nom ronflant sur l’affiche, ça fait plus sérieux en effet… Bon la version de 1960 nous balançait du Yul Brynner, Steve McQueen, Charles Bronson et autres gueules du cinéma américain, là aussi on ne plaisantait pas. Après un beau casting, c’est bien, une bonne utilisation de celui-ci, c’est mieux. La grande force du film de John Sturges était d’avoir proposé des personnages à l’écriture simple, mais qui amenait pas mal de mystère et donnait aux spectateurs la possibilité d’imaginer le passé et la motivation personnelle de chaque mercenaire.

Antoine Fuqua lui préfère développer un peu plus ses personnages en créant des liens parfois maladroits entre certains comparses, sauf que le rendu final donne une sensation d’avoir forcé le destin avec les facilités scénaristiques qui en découlent… Je ne préfère pas développer sur D’Onofrio et son jeu limité, ainsi que Chris Pratt dont la carrière ressemble de plus en plus à celle d’une parodie d’Harrison Ford au regard de bovin, quelle tristesse!!

C’EST DANS LES VIEUX POTS QU’ON FAIT LES MEILLEURES SOUPES

Soupes de navet alors !!! Le premier apprenti cuistot qui s’avance vers moi avec l’espoir de reporter le Master-chef de la réalisation est : Timur Bekmambetov. Timur qui massacre “Ben Hur” à grands coups de caméras tremblantes, de CGI vomitifs et qui l’achève finalement par une scène de course de chars plus que minable. Le génial producteur de “Hardcore Henry” arrose son film de musiques génériques dites de péplum pour nous finir avec une chanson rnb hors de propos. Du travail à la russe, une bonne rafale de Kalachnikov dans ta face!!!

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Antoine Fuqua semble lui plus investi dans le projet : des décors réels, une nouvelle association avec son acteur fétiche Denzel, de beaux décors, une photographie de qualité et une maîtrise dans la réalisation de scènes d’actions. Il ajoute à sa vision des “7 mercenaires” un déluge d’action, des explosions, une surenchère assez jouissive sur le papier, mais qui peine à briller par son inventivité. Il tente quand même de placer un message anti libéralisme au début du film afin de poser le contexte de la souffrance d’une ville et de sa population, mais avec une maladresse presque touchante. Fuqua a tenté le pari audacieux de casser la simplicité des “7 mercenaires” pour prendre le chemin du spectacle blockbusterien, tout cela me parait bien boursouflé au final… En gros, le meilleur western de septembre restera “Comancheria“!!

C’ÉTAIT MIEUX AVANT?

La phrase de vieux con, le fameux “c’était mieux avant”. Il faut bien reconnaître que ces deux remakes donnent du grain à moudre pour les détracteurs du remake à tout va au cinéma. J’ai ragé comme jamais en écrivant ces quelques lignes, j’espère ne pas paraître pédant. Ce qui est paradoxal dans mes propos, c’est que le “Ben Hur” de 59 et “Les 7 mercenaires” de 1960 sont eux-mêmes des remakes du “Ben Hur” de Fred Niblo de 1925 et des “7 samouraïs” de Kurosawa. Pour ma défense, je plaide le remake technique pour l’un, qui permet de proposer une nouvelle forme cinématographique à une histoire, et pour l’autre, un remake qui permet de transposer une histoire à une culture différente avec ses propres références et coutumes.

Au final, un remake se doit d’être l’alliance parfaite entre la compréhension d’une histoire et l’ajout de nouveautés qui auront pour objectif d’apporter de la fraîcheur et un nouveau souffle à une oeuvre. On ne peut que constater que ce n’est pas si facile que ça de faire du neuf avec du vieux…

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Article écrit par Anthony

Grand consommateur de films, mais attention : j’aime la qualité!!! SF, fantastique, action, réflexion, comédie, français, étranger, drame, biopic, etc, etc, … du moment que c’est fait avec le cœur et non avec les pieds!!!

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