Une affaire de famille

Une affaire de famille, c’est la palme d’or de 2018, et c’est d’ailleurs probablement la première fois que je vais voir au palme d’or au cinéma! Il faut dire que palme d’or ou non, j’apprécie beaucoup les films de Kore-eda et que je ne pouvais pas manquer son nouveau film!

Dans une affaire de famille, on fait le connaissance de la famille Shibata. Il y a Osamu (Lily Franky), le père tire-au-flanc qui préfère voler dans les supermarchés plutôt que de bosser. Puis il y a Nobuyo (Sakura Ando), la mère qui travaille dans une blanchisserie. Un brin distante et semblant insensible au début du film, on va la découvrir bien plus fragile et complexe au fil du film. Il y a aussi Aki (Mayu Matsuoka) , la jeune soeur de Nobuyo qui travaille dans un peep-show. Et enfin, le petit dernier, Shota (Kairi Jo) qui apprend l’art du vol à la tire avec son père. D’ailleurs, le titre en VO du film « Anbiki kazoku », peut se traduire par « La famille des vols à l’étalage ». Une notion qui disparaît du titre français.

Tout ce petit monde vis dans la minuscule maison de la grand-mère, Hatsue (Kiki Kirin), un brin râleuse et revêche, la vieille dame est malgré tout ravie de partager son quotidien avec tout ce petit monde qui vit à la marge de la société nippone.

comment résister à cette bouille?

Un monde qui va être bouleversé un soir d’hiver lorsque Osamu ramène à la maison la petite Yuri (Miyu Sasaki). Cela fait déjà plusieurs fois que cette petite de 4 ans qui habite dans le voisinage se retrouve seule dehors. Malgré les objections de Nobuyo, la famille Shibata va alors avoir la drôle d’idée d’adopter la jeune fille! Un choix dicté par le coeur, et malgré les difficultés de leur propre subsistance. Et les objections d’enlèvement seront bien vite balayées au prétexte que « si l’on ne demande par d’argent, ce n’est pas un enlèvement ».

Mais on se doute dès le début qu’une telle décision aussi louable qu’elle soit, n’en demeure pas moins illégale! Elle va donc impacter lourdement la famille Shibata. Une famille qui n’est en fait pas une famille traditionnelle liée par les liens du sang, mais une famille liée par les liens du coeur. Mais pas sur que cela soit suffisant pour résister à la tempête qu’il vont devoir affronter!

Bande-annonce : UNE AFFAIRE DE FAMILLE

Mon avis

Je suis tombé amoureux du cinéma de Hirokazu Kore-eda il n’y a pas si longtemps! Tout à commencé avec « Après la tempête » vu un peu au hasard avec une amie. D’emblée, son cinéma très japonais par ses mises en situations et son contexte, m’a séduit par l’universalité de ses thématiques. Ou plutôt, devrais-je dire, SA thématique, en l’occurrence la famille! Le réalisateur est fasciné par les relations familiales et leurs complexités. Hormis Third Murder, tout ses films (du moins ceux que j’ai vus) traitent de cette même thématique. Toujours en variant l’angle d’approche, mais toujours avec la même délicatesse et la même tendresse pour ses personnages.

Célébrer la famille pour mieux critiquer la société

Si il est encore question de famille, et ici plus de famille de coeur que celle liée par le sang, ce nouveau film est bien plus critique que les autres envers la société japonaise. Si Kore-eda aime à dénoncer les travers de son pays, et plus largement de la société moderne Japonaise, ici, il s’applique à dénoncer l’aspect parfois inhumain des lois humaines! Et balance de ci et de-là quelques phrases chocs bien senties! Je pense notamment au « Accoucher ne fait pas de vous une mère » en référence à la mère de Juri / Rin.

Et que la meilleure famille, c’est celle qu’on se choisit. La aussi, en référence à la famille de bric et de broc composée par les shibata. Une famille qui vit à la marge, qui vis chichement, mais qui est extrêmement soudée. Une famille qui s’aime, mais sans toujours se le dire.

D’ailleurs, si « une affaire de famille » a été un succès populaire au Japon, le film a été mal accueilli par la classe dirigeante qui n’a pas apprécié ce qu’il dénonce. A tel point que le réalisateur n’a pas été officiellement félicité pour sa palme d’or! Une « omission » qui semble prouvé qu’il a tapé la ou ça fait mal…

Le japon silencieux

Mais une affaire de famille, c’est aussi une représentation du Japon « silencieux ». Les gens précaires, qui vivent à la marge de cette société complexe et toujours entre modernité et tradition. Un japon loin de l’image d’Épinal que l’on peut avoir en tant qu’Européen ou l’on ne peut voir que le coté high-tech et la culture pop si riche et fascinante. On s’imagine un pays propre et sans criminalité. Ce qui n’est pas complétement faux. Mais pas complétement vrai non plus!

Des bons sentiments, mais sans mièvrerie

Ma crainte en regardant la bande annonce du film, c’était de tomber un peu dans l’excès de bons sentiments, voire de la mièvrerie. De tomber dans le cliché de la famille fauchée, mais aimante. Mais c’était là mal connaitre tout le talent de Kore-eda! Ses personnages sont suffisamment bien écris et sa mise en scène riche pour éviter tout cela. On comprends d’ailleurs assez vite l’aspect « symbiotique » de la famille Shibata! Car outre l’affection qu’ils se portent, c’est aussi une somme d’intérêts communs qui les lient! Les parents « squattent » la maisonnette de la grand-mère, mais celle-ci profite de leur présence et ne vis ainsi pas seule! Mais elle préfère pester et faire comme si cela lui pesait. Seul un merci silencieux de sa part sera émis vers la moitié du film.

Le cycle des saisons

Le cycle des saisons, très marqué dans le film (neige et froid en hiver, été chaud et humide) est une vraie allégorie de la vie de famille chez les Shibata! Yuri arrive en plein hiver, puis s’installe peu à peu dans la famille au cours du printemps. L’été est comme l’apogée de la vie de famille. Mais tout va s’arrêter au cours de l’automne et la famille va se désagréger jusqu’a l’arrivée de l’hiver. Une symbolique très marquée, mais que je n’avais pas vue de prime abord.

Kirin Kiki

J’aime beaucoup cette actrice, qui est malheureusement décédée il y a quelques mois. Tout comme dans « Après l’orage », elle incarne une vieille dame, d’apparence un peu fatiguée, limite parfois un peu sénile. Mais c’est pour mieux cacher une sacrée malice et une grande perception des choses qui l’entoure. Un vrai personnage, très Japonais (on voit souvent ce genre de grand-mère dans les animés aussi), mais tellement attachant!

Je me console en me disant que je pourrais encore la voir dans certains films de Kore-eda que je n’ai pas encore vus. Ou même chez d’autres réalisateurs vu sa riche filmographie!

Une belle palme d’or!

Kore-eda qui brandit fièrement sa palme d’or!

J’avoue être assez rarement touché par les palmes d’or de Cannes, qui sont souvent pour moi un peu trop élitistes. Ce fut donc pour moi une belle surprise cette année de voir une palme attribuée à un réalisateur que j’aime! J’espère d’ailleurs que cela l’aidera à se faire connaitre en France et à l’international. Je dois dire que la salle ou je suis allé voir le film était à ma grande surprise plutôt bien remplie!

Au final

Encore une fois, Kore-eda livre avec son talent d’orfèvre, un récit familial juste et touchant. Il ne sombre jamais dans les travers de la facilité, du « tire-larme » ou même du happy end. Car oui, tout cela fini mal. Mais c’est tout à fait logique, un happy end aurait été contre-productif, mièvre, caduque. Car si il pose toujours un regard tendre et bienveillant sur ses personnages, le réalisateur n’hésite pas à démontrer la stupidité, la cruauté et parfois la violence des sociétés humaine. une société qui juge selon des critères établis (les liens du sang ici), mais parfaitement injuste du point de vue du coeur.

Que la société refuse parfois de voir ce qui est juste, et préfère considérer ce qui est « normal ». Quitte à perdre tout sens de l’humanité ainsi. Un constat fait du Japon, mais qui est parfaitement transposable dans de nombreux pays. Car la famille reste un thème universel, qui parle à chacun quelque soit sa vie et ses origines. Encore faut-il avoir le talent de Kore-eda pour transcender cette thématique au delà de ses frontières. Un exercice plus compliqué qu’il n’y parait…

Bref, courez voir cette palme d’or (et croyez-moi, c’est une phrase que je risque de ne pas écrire de sitôt). Et ne vous y trompez pas, si la bande annonce et le pitch ont un gout de comédie, le film (et tout particulièrement la seconde partie) penche bel et bien du coté du drame.

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Article écrit par Mat

Mat, créateur et admin du site GeeKroniques. Grand fan de séries et de culture Japonaise, je vous parle de mes coups de coeurs et parfois de mes coups de gueule! Retrouvez également mes tutos informatiques sur mon autre site.

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