Le garçon et la bête

En 3 films (La traversée du Temps, Summer Wars, Les enfants Loups), Mamoru Hosada s’est imposé comme un réalisateur sur lequel il faut compter! C’est donc avec une certaine impatience que j’attendais son nouveau film, le garçon et la bête, déjà alléché par une bande annonce plutôt prometteuse!

Le garçon et la Bête, c’est la rencontre entre deux forts tempéraments! Le garçon, c’est Ren, qui suite à la mort de sa mère, a préféré fuguer plutôt que de vivre avec de la famille qu’il ne connait pas. Un vrai petit rebelle de 9 ans qui vis dans les rues de Shibuya. Sa route va croiser celle de Kumatetsu, une bête, qui va décider de faire de lui son disciple sur un coup de tête. D’abord réticent, Ren va refuser, mais n’ayant rien à perdre, il va finalement le suivre dans le Jutengai, le royaume des bêtes qui est normalement inaccessible aux humains.

garconetlabete1Mais les relations avec ces deux écorchés vifs (on découvrira plus tard que Kumatetsu est aussi un orphelin) vont être pour le moins houleuses! Kumatetsu, en plus d’être feignant, n’est pas pédagogue pour un sou et n’a pris Ren comme disciple que parceque c’est la condition établie par le seigneur de bêtes pour pouvoir postuler à sa succession. Kumatetsu est très fort mais ne s’entraîne pas assez pour pouvoir prétendre rivaliser avec Iozen, l’autre prétendant à la succession du seigneur des bêtes. Il n’a jamais eu de maître, il s’est fait « tout seul », d’ou son côté irrespectueux du protocole et bravache qui cache un manque de confiance.  De son côté, Ren, rebaptisé Kyuta (Kyu veut dire 9 en Japonais), est une vraie tête de mule qui n’en fait qu’a sa tête! Mais ils vont finir par trouver une forme d’équilibre, un mode de fonctionnement. Ren va s’entraîner sans répit avec Kumatetsu à être un peu plus sérieux.

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Mais plusieurs années plus tard, alors qu’il s’est disputé une nouvelle fois avec son maître, les pas de Ren vont le ramener dans le passage qui vers le monde des humains. Un retour chez lui qui va lui permettre de rencontrer Kaede, une jeune lycéenne avec qui il va très vite sympathiser. Mais si cela va lui permettre de combler sa soif de savoir, cela va lui poser un problème identitaire : qui est-il et où est sa place? Dans le monde des hommes ou dans des bêtes qui l’a accueilli?

Bakemono no Ko - Le Garçon et la Bête - Bande annonce VOSTFR - Mamoru Hosoda, 2015

Mon avis

Le film est sans conteste une nouvelle réussite de Mamoru Hosada! Un beau conte initiatique original, un côté politiquement incorrect assez bienvenu, et un visuel très soigné! Bref, pour moi, impossible de ne pas aimer le film! Le seul reproche, mineur, que je peux adresser au film, c’est « Chico », la bestiole qui accompagne Ren tout au long du film et qui ne sert absolument à rien hormis possiblement fédérer un (très) jeune public. Mais le film s’en serait tout aussi bien sorti sans! Un récit initiatique

La garçon et la bête, c’est avant tout un récit initiatique qui marque le passage à l’age adulte pour Ren. Une étape qu’il va faire dans le Jutengai, loin de tout repère humain, mais d’une certaine forme d’affection que va lui procurer Kumatetsu et son ami Tatara. Mais mine de rien, c’est aussi un récit qui va nous montrer l’évolution de Kumatetsu, qui de vilain petit canard va devenir un magnifique cygne blanc, courtisé par tous les aspirants combattant! Un changement radical si l’on se rappelle le début du film ou personne ne veut de son piètre enseignement. Il sera aussi question des liens du coeur et des liens du sang, lorsque Ren va retrouver son père, de longues années après sa fugue. Il se découvre finalement bien plus attaché à Kumatetsu et son sale caractère qu’a son père biologique qu’il ne connaît finalement pas. Mais alors que l’on aurait pu en rester là, l’une des forces du film, c’est qu’il n’est jamais manichéen et qu’il ne juge pas, et n’est jammais moralisateur.

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Des thématiques Japonaises

On retrouve aussi des thématiques très Japonaises, mais qui sont à mon sens universelles (ou qui devraient l’être). La première, c’est celle de la valeur de l’effort et du travail. Si Ren est finalement  accepté et reconnu au Jutengai, c’est en partie grâce à son entrainement acharné avec son maître. Le « sale » petit humain du début est devenu un combattant émérite qui s’est attiré le respect de tous. Mais cela sera plus compliqué dans le monde des humains lorsque Ren voudra passer des diplômes malgré tous ses efforts et son travail, son parcours hors-norme lui causera des difficultés. C’est aussi l’un des moments ou l’on se dit que finalement le Jutengai est bien plus chaleureux et accueillant que son pendant humain.

Une forme de critique de la société moderne que l’on retrouve également au travers de Kaede et du manque de repère dont elle souffre, tout comme Ren. Délaissée par ses parents, la jeune fille se contente de bien travailler pour avoir de bons résultats pour rendre ses parents heureux. Mais elle reste en perte d’identité et ne sait pas qui elle est. Le constat est le même pour Ren qui reste partagé entre le monde des humains qui la vu naître et le Jutengai qui l’a accueilli. Plus tout à fait humain, mais pas bête non plus, il ne parvient pas à se situer.

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La notion d’adversité est aussi une constante dans le film. C’est au travers de l’adversité que l’on peut se mesurer et grandir, et devenir plus fort. Dites à Ren qu’il n’y arrivera pas et il fera alors tout pour démontrer le contraire. Une force de caractère qui va le mener tout au long du film.

 Des bêtes plus humaines que nous

Assez vite, on éprouve assez vite une grande sympathie pour le Jutengai, bien plus simples et chaleureux. Un sentiment d’ailleurs renforcé par le fait que les humains soient accusés de porter un côté obscur qui les rends persona non grata parmi les bêtes. Ce qui ne les empêchera pas d’acceuilir malgré tout le jeune Ren. Cette idée de coté obscur des humains sera d’ailleurs l’un des points d’achoppement du final du film et des nombreux événements qui vont survenir. Mais le film garde son côté positif et nous démontre qu’il ne faut pas se fermer aux autres pour ne pas céder aux mauvaises pensées.

Une technique impeccable

Le film est avant tout au service de son récit, mais il faut bien avouer que techniquement, c’est très réussi. Une animation sans faille (qui fait parfois appel à l’informatique sur certaines scènes) avec des dessins « fait main » qui apportent un cachet très agréable. Les décors sont très fins et réalistes, en particulier ceux de Shibuya qui sont quasi photo-réalistes sur certains passages.

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Le nouveau Myazaki?

Oui, je sais, la question est volontairement un brin provocatrice. Mais il faut bien avouer que depuis la retraite du créateur du studio Ghibli, les fans d’animation dont je fait parti, sont à tort ou à raison à la recherche à un successeur du sensei. Mais on ne peut pas considérer Hosada comme un successeur. Son cinéma est plus ancré dans le Japon moderne, et moins sur l’aspect défense de la nature au travers de représentation de figures du folklore Japonais. Reste que les deux hommes se rejoignent sur la qualité de réalisation de leurs œuvres!

Je pense qu’il nous faut tourner la page Myazaki, et simplement voir Mamoru Hosada comme l’un des nouveaux grands de l’animation Japonaise. Que dis-je, de l’animation mondiale!

Aparté sur la musique

Vous le savez, je suis un grand fan de BO, la musique reste une composante indissociable d’un grand film. Celle du Garçon et la Bête est composée par Tagaki Masakatsu à qui l’on doit déjà celle du précédent film de Mamoru Hosada, les enfants loups. Elle reste très efficace pendant le film et accompagne particulièrement les scènes d’action. A l’écoute seule, elle perd un peu de sa puissance, mais reste une belle composition. Mais elle n’en fait jamais trop sur les moments d’emphase et garde une belle harmonie globale. On y retrouve pele-mêle des morceaux au piano et des morceaux avec des sonorités plus traditionnelles, plus japonaises.

J’ai retenu quelques morceaux particulièrement réussis :

  • 1. The beast Festvities : musique de la scène d’introduction, très rythmée et entraînante
  • 4. Horizon : le thème au piano que l’on retrouvera dans plusieurs morceaux (dans le 8 par exemple), doux et nostalgique est une belle réussite.
  • 6 . The Beast Sinfonia est je trouve un bon résumé de la musique du film et de son ambiance générale
  • 18 . Portrait of Solitude / 19. What Sustains You from the Inside / 26. The Whale: des morceaux plus orchestraux qui ne sont pas sans rappeler le travail de Joe Hisaishi

Bref un travail solide pour une BO de 28 pistes et d’une durée de 67 minutes. Elle est éditée par Milan, un habitué des BO et on peut la trouver sous forme de CD ou de MP3 sur Amazon :

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Au final

Un film à voir, sans conteste! Allez-y avec vos enfants, ils devraient apprécier! Malgré la durée assez longue du film, je n’ai pas entendue la classique phrase du petit dernier (« C’est bientôt fini? »), signe que le public est resté conquis de bout en bout! En plus de tout ce que j’ai déjà dit, les enfants apprécieront le côté coloré, les « bêtes » diverses et variées, et les combats denses, mais finalement pas si violents (les combats au katana se font avec le fourreau). Le film livre un message optimiste et de bons sentiments mais sans tomber dans la mièvrerie. La VF est plutôt pas mal, j’attends la sortie en vidéo pour revoir le film en VOSTFR.

La fin du film est très émouvante et viens souligner malicieusement l’une des phrases dite par Kumatetsu à Ren au début de sa formation : « tiens ton arme avec ton coeur ». Je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler. Je vous dirais juste une nouvelle fois : allez-voir le film! Je regrette qu’il ne soit pas plus médiatisé, car il mérite vraiment d’être vu par tous! Gaumont n’a pas su (ou pas voulu) promouvoir suffisamment le film à mon sens.. 

8.5 Note GeeKroniques
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Article écrit par Mat

Mat, créateur et admin du site GeeKroniques. Grand fan de séries et de culture Japonaise, je vous parle de mes coups de coeurs et parfois de mes coups de gueule! Retrouvez également mes tutos informatiques sur mon autre site.

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