Le conte de la princesse Kaguya, le dernier film de Takahata

Que de chemin parcouru par l’animation! Si il y a 20 ans, Il fallait user de moyens détournés pour pouvoir regarder certains films étrangers (je me souviens d’une cassette pirate d’Akira sous-titrée en cantonais), le paysage mondial a bien changé! L’animation ne s’est jamais aussi bien portée et l’offre est pléthorique et riche. Un vrai bonheur pour le fan d’animation que je suis. Cela permet de passer d’un style à l’autre à quelques jours d’écart, je suis ainsi passé de Dragons 2 au Conte de la princesse Kaguya, deux belles réussites basées sur des univers et une démarche artistique diamétralement opposée!


A

lors qu’il travaille dans son exploitation, un vieux coupeur de bambous a soudain le regard attiré par une lumière vive. En s’approchant de plus près, Il découvre une pousse de bambou qui pousse sous ses yeux et qui finit par laisser apparaître un minuscule bébé. Fou de joie de cette découverte, il s’empresse de rapporter « sa princesse » chez lui et la faire découvrir à sa femme. Mais déjà, le caractère surnaturel du bébé qui grossit à vue d’œil s’affirme! Mais peu importe pour le vieux couple, ils vont élever cette enfant tombée du ciel comme leur propre fille.

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Cette croissance rapide ne va pas échapper aux enfants du voisinage qui vont avoir tôt fait de la surnommer « pousse de bambou ». On va donc faire connaissance avec cette joyeuse petite bande d’enfants en guenille qui sont encadré par leur aîné Sutemaru qui se montre très protecteur envers eux. Le temps passe, la « princesse » (elle n’a toujours pas de prénom) est devenue une jeune fille épanouie qui court la campagne avec ses amis. Mais son père, qui a découvert une grosse quantité d’or dans un bambou, a d’autres plans pour sa princesse. Il veut lui donner la meilleure éducation possible et faire d’elle une « vraie » princesse. Pour cela, tout la famille emménage dans une grande maison dans la capitale, bien loin de leur campagne…

Mon avis

P

our être tout à fait franc, j’étais un peu anxieux avant la séance. Pourquoi me direz-vous? Hé bien, j’avais peur de ne pas apprécier le trait épuré proposé par Takahata. Pour autant, cela ne m’avais pas vraiment dérangé sur « mes voisins les Yamada » son précédent film. Au final, mon inquiétude sera de courte durée, et non justifiée. Car finalement, le dessin, avec son côté estampe, s’accorde très bien avec ce conte, et permet une animation à la fois dynamique et par moment poétique. Bref, c’est un choix que l’on ne peut qu’approuver! Et ce n’est pas par hasard que cette approche est proposée, c’est une vraie démarche artistique entamée de longue haleine par Takahata pour tenter d’innover en matière d’animation. Ça ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais cela confère un charme certain au film. Un côté « fait main » cher à Takahata et à Ghibli. Malgré les traits simples, cela donne de superbes décors très colorés, proche de l’esprit des estampes japonaises traditionnelles.

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Interview d’Isao Takahata

Il était une fois une princesse…

Le film est basé sur un conte folklorique Japonais très populaire et très ancien (il aurait été rédigé entre 850 et 950) Taketori monogatari (竹取物語, « Le Conte du coupeur de bambou »). Sur certains points, il m’a un peu fait penser aux contes des mille et une nuit, avec les ruses employées par Kaguya pour repousser ses prétendants. Mais l’adaptation de Takhata quoique assez fidèle à l’oeuvre originale, donne une vision un peu plus moderne en mettant en scène une princesse Kaguya « rebelle » qui tente de lutter contre le carcan social très fort de l’époque (les bonnes manières, les dents noires,..). Ce qui frappe, c’est sa joie de vivre, sa bonne humeur et son rire très sonore. Une joie de vivre qu’elle va peu à peu perdre pour se conformer au moule social imposé par un père qu’elle ne veut pas décevoir. Mais au final elle va se rendre compte que tout cela n’était que perte de temps et qu’elle n’a pas profité de sa vie et qu’elle est passée à côté de son bonheur.

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J’y vois pour ma part une parabole de la société Japonaise actuelle encore largement engoncé dans les traditions et un carcan social qui pousse à la réussite, à la standardisation au détriment de l’épanouissement personnel. Faut-il donc prendre ce dernier film de Takahata comme un conseil à la jeunesse japonaise? C’est une question à laquelle lui seul pourrait répondre, mais je pense que oui. C’est aussi une invitation (comme souvent dans les films  Ghibli) à un retour à une vie simple et respectueuse de la nature. Car finalement, Pousse de bambou est bien plus heureuse que la princesse Kaguya coincée dans son palais à la capitale ou elle ne se sentira jamais à l’aise. Pour autant, le message est délivré sans tombé dans le manichéisme ni opposition paysans – citadins.

Un autre message (qui me parait évident en tant que parent), c’est qu’il ne sert à rien aux parents de reporter leurs rêves sur leurs enfants car ils n’aspirent pas forcément à la même chose que nous. Il faut les guider ses enfants mais ne pas leur imposer un chemin que l’on a pas su (ou pu) accomplir. La fin du film est également un rappel que la vie est courte, mais aussi compliquée et dure qu’elle soit, elle vaut la peine d’être vécue pleinement. Et que nos sentiments doivent être notre moteur.

Le film alterne les scènes joyeuses ou Kaguya laisse libre court à sa joie de vivre, des scènes simple de la vie des paysans de l’époque, des scènes plus oniriques (les retrouvailles entre Sutemaru et Kayuga) et des scènes tristes (comme lorsque que Kaguya prend conscience qu’elle ne veut pas retourner sur la lune, mais qu’elle n’a plus le choix), voir violentes comme la fuite sous la  lune de Kaguya qui est très graphique et que j’ai trouvée très réussie, le trait se faisant rageur pour traduire l’état d’esprit de la jeune femme. Ce qui est paradoxal c’est que l’on a un film qui prend son temps mais avec une héroïne qui grandi de manière très rapide!

LE CONTE DE LA PRINCESSE KAGUYA un film de Isao Takahata

J’ai trouvé la VF très réussie, mention à la doubleuse de Kaguya qui lui insuffle une vraie vie et qui a un rire très joyeux. J’attendrais la sortie de la vidéo pour écouter la VO, et voir ce qu’elle rend, mais rien à dire sur la VF. Du côté de la musique, c’est une grande première puisque c’est Joe Hisaishi, l’habituel complice de Hayao Miyazaki (et Takeshi Kitano avant la brouille entre les 2 hommes) qui s’occupe de la musique. Il semble que cela soit un désir de collaboration commune qui ait mis trente ans à se réaliser! Et j’avoue avoir été surpris par la musique. Même si elle s’accorde remarquablement bien avec le film, elle est rarement orchestrale (hormis sur de rares passages), et se fait plutôt discrète la plupart du temps et fait la part belle aux instruments traditionnels. On retrouve quand même quelques morceaux au piano qui reste l’un des instruments de prédilection du musicien. La chanson des enfants et la chanson de la nymphe céleste, ont été écrites par Isao Takahata et la co-scénariste, Riko Sakaguchi. Takahata en a également composé les musiques. Une BO qu’il faudra que je rajoute à ma liste de musique à écouter. malheureusement, il semble que comme pour la BO du vent se lève, aucun éditeur français ne sorte le CD chez nous. Il vous reste soit l’import, soit une petite recherche sur Google pour le trouver en MP3..

Et les enfants dans tout ça?

Le film est long (plus de deux heures), mais sans être ennuyeux (même si certains passages auraient pu être raccourcis). Encore une fois, c’est très beau et très poétique, mais je ne suis pas sur que cela convienne aux jeunes enfants. Je suis allé seul voir le film (sans mes enfants) et c’était un bon choix. Les jeunes enfants présents ont trouvé le temps long visiblement. Et je ne suis pas sur qu’ils aient été à même de profiter pleinement des messages du film.  Je pense que le film peut-être vu à partir de 8-10 ans. Avant, mieux vaut aller voir Dragons 2!

Quel avenir pour le studio Ghibli?

Comme je le disais sur mon article sur Le vent se lève, c’est un sacré tournant pour le studio Ghibli. Ses deux créateurs prenant leur retraite, il va falloir tourner la page. Je ne doute pas qu’il y ait d’autres talents parmi eux, mais quelle pression! C’est Hiromasa Yonebayashi, le réalisateur d’Arietty qui sera le premier à prendre la relève avec Omoide no Mānī (« Quand Marnie était là ») qui sort dans les jours prochains au Japon. Tout comme Arietty, il s’agit d’une adaptation d’un roman ( écrit par Joan G. Robinson) et non d’une oeuvre originale. En tout cas, on ne peut que remercier Miyazaki et Takahata pour leur oeuvres et pour tout le bonheur qu’ils ont apportés aux fans d’animation du monde entier.

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Article écrit par Mat

Mat, créateur et admin du site GeeKroniques. Grand fan de séries et de culture Japonaise, je vous parle de mes coups de coeurs et parfois de mes coups de gueule! Retrouvez également mes tutos informatiques sur mon autre site.

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