Arès

La SF est un genre complètement sous-représenté dans le cinéma Français, la faute le plus souvent aux producteurs réticents à investir dans ce type de fiction pas forcément « bankable ». Un comble quand on sait que l’un des pères de la SF moderne n’est autre que Jules Verne! Mais Arès vient changer la donne avec une ambiance noire et glauque dans un Paris futuriste glaçant!

Paris 2035, la capitale française n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le pays est totalement ruiné et tombé entre les mains de grosses sociétés privées qui dirigent le pays. Les lois ont considérablement changé, tout un chacun peut par exemple vendre ou louer tout ou partie de son corps. Ce qui a bien sûr entraîné de nombreuses dérives. Ajoutez à cela une légalisation du dopage et vous obtenez l’Arena, des jeux du cirque modernes, ou des combattants dopés jusqu’aux oreilles par des laboratoires pharmaceutiques vont s’affronter parfois jusqu’à la mort. Les combats sont extrêmement brutaux et retransmis en direct à la télévision.

Arès, de son vrai nom Reda Kowalski (Ola Rapace), est un combattant de l’Arena, un pur produit du système. Mais suite à un accident cérébral dû à un dopage raté, il n’est plus qu’un combattant de seconde zone. Malgré tout, cela lui permet de survivre.

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Mais lorsque sa soeur Carla (Émilie Gavois-Kahn) est arrêtée, et ses deux nièces placées sous sa responsabilité, il va devoir prendre tous les risques. C’est à ce moment-là que Donevia, une grosse compagnie pharmaceutique va lui proposer de jouer les cobayes pour un nouveau produit. D’abord réticent, il va accepter pour utiliser l’argent gagné pour faire sortir sa soeur de prison en arrosant des fonctionnaires corrompus.

Arès - Bande-annonce Officielle

Mon avis

Bienvenue à Neo Paris !

Le Paris de 2035 est vraiment réussi. Sale, miséreux, dangereux et déprimant, il m’a vraiment beaucoup fait penser au Neo Tokyo d’Akira. Tout cela est à la fois très réaliste et déprimant! Voir la ville ainsi dégradée est assez saisissant! Les scènes ont été tournées à Paris mais également à Kiev et à Shenzhen et Shanghai en Chine (pour les vues de building).

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Malgré tout cela, le futur de Paris a tout de même un coté low-tech un peu déstabilisant. Hormis l’obligatoire téléphone complètement transparent que l’on voit fleurir un peu partout, pas de grosses différences technologiques visibles (le métro ne bouge pas d’un iota par exemple). D’autant que le volet « megacorporation » du film est un trait des univers cyberpunk habituellement riches en évolutions techniques de tous poils.

Déréglementation et (méga)corporations

La déréglementation totale des lois françaises a donné tout pouvoir aux sociétés privées qui ont pris l’espace laissé libre par l’état. Un état devenu fantoche et contrôlé par ces lobbies. Ces « megacorporation » sont un thème récurrent de la SF cyberpunk. Dans Arès, on pourra regretter que cela ne soit pas assez développé. On aurait pu parler plus de politique, de technologies. Mais le film ne fait que 1H20, difficile de caser tant de sujets en si peu de temps. Les megacorporations sont simplement un adversaire cynique uniquement motivé par l’argent. Mais leurs motivations sont ici un peu bancales.. Pourquoi diable s’acharner à tuer des cobayes (et à indemniser leurs familles) pour une drogue qui sert à des combats d’Arena?  Des super soldats? Admettons, mais j’ai un peu de mal à voir les débouchés économiques (hors Arena) surtout dans un univers ou les gens sont fauchés.

La corruption règne en maître, et l’argent permet de se tirer de tous les mauvais pas. Un point de vue pas si éloigné de notre réalité finalement (d’ailleurs le scénario a été écrit au moment de la crise économique en Grèce). Mais étrangement, ce monde dispose parfois de quelques règles : interdiction pour les combattants de parier sur leurs propres combats, armes interdites pour les civils. Un peu incongru je trouve..

Détruire le système?

Face à ce système des plus inégalitaire, deux types de réactions : celle de  Reda qui s’efforce de survivre en utilisant le système et celle comme Carla qui tente d’éveiller les consciences et de jouer les contestataires. Un choix courageux et dangereux dans un état de non-droit.

Mais le taciturne et résigné Reda, mis au pied du mur par le système va devoir se remettre en question. Un éveil tardif d’un homme qui a vécu toute sa vie dans un système dont il s’est accommodé tant bien que mal. Mais il sera le plus à même de le détruire de l’intérieur. Un scénario somme toute classique, mais qui fonctionne bien. Et qui a aussi le bon gout d’être universel et valable à toute époque. La nôtre y comprise! 🙂

Le cast

J’avoue avoir trouvé le jeu de Ola Rapace (Skyfall, section Zéro) un peu monolithique au départ du film. Mais c’est le personnage qui veut ça finalement. Un combattant qui a subi un traumatisme crânien et qui subit le système. L’acteur a part ailleurs fait une grosse préparation physique pour le rôle. J’ai bien aimé le contraste avec le personnage de Myosotis joué par Micha Lescot. C’est le personnage lumineux et fantasque qui vient apporter un peu de gaieté (sans mauvais jeu de mots) dans l’ambiance pesante du film. On remarquera la belle prestation de la jeune Eva Lallier dans le rôle d’Anouk, la nièce de Reda. Le reste du casting est convaincant, à l’image de Thierry Hancisse en parfait salopard que l’on va vite aimer détester!

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Au final

J’avoue qu’à la lecture du pitch d’Arès, je craignais d’avoir un film d’action sur fond de SF. Ce qui n’est pas le cas. Certes, les scènes d’actions façon combats de rue sont réussies (chorégraphiés de manière très brute et minimaliste), certes le background SF est perfectible et manque un peu de profondeur, surtout pour les amateurs de cyberpunk qui seront déçus. Mais les films de SF français sont suffisamment rares pour se montrer indulgent. D’autant que j’aime bien ce genre de SF noir (diamétralement à l’opposé d’un 5ème élément par exemple), et qui va jusqu’au bout de son idée (ne vous attendez donc pas un happy end).

Arès n’est donc pas le film de SF de l’année, mais je l’espère une porte ouverte pour de la SF « à la française » sur nos écrans. Quand je vois par exemple ce qui fleurit du côté websérie sur cette thématique, je me dis que le potentiel créatif est là. Reste à trouver les producteurs prêts à se mouiller..

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6.5 Note GeeKroniques
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Article écrit par Mat

Mat, créateur et admin du site GeeKroniques. Grand fan de séries et de culture Japonaise, je vous parle de mes coups de coeurs et parfois de mes coups de gueule! Retrouvez également mes tutos informatiques sur mon autre site.

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