Le mot de la fin – Psych

Shawn Spencer, un jeune homme drôle et surtout futé, a développé durant son enfance un talent pour remarquer les moindres détails grâce à l’enseignement de son père, ancien policier. C’est ainsi qu’en grandissant, lorsqu’il est confronté à la dure réalité de l’emploi, ne parvenant pas à en trouver un qui lui plaise, il passe le plus clair de son temps à en changer et à donner des « tuyaux » aux inspecteurs de police par l’intermédiaire d’appels téléphoniques. À partir de là s’ensuit un énorme quiproquo : suite aux nombreux « tuyaux » qu’il fournit aux inspecteurs, ces derniers commencent à le suspecter de perpétrer lui-même ces crimes. N’ayant pas d’autre solution pour se sortir de cette situation, il se justifie en prétendant posséder des pouvoirs psychiques de médium. Shawn aidera désormais la police dans ses enquêtes. Il embarque son meilleur ami d’enfance, Burton Guster, pour créer l’agence « Psych ». Ils vont alors tenter de résoudre chaque affaire en utilisant ses dons d’observation, camouflés en visions envoyées par des esprits. Gus est moins téméraire que Shawn et tous les deux se disputent souvent pour des détails pour le meilleur comme pour le pire…

Un duo d'une fraîcheur bienvenue
Un duo d’une fraîcheur bienvenue
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érie à la plus longue longévité sur USA Network, Psych se veut être une dramédie, à savoir une série qui décrit des enquêtes sérieuses tout en introduisant de l’humour. Tout commence avec Shawn (James Roday) et Gus (Dulé Hill, déjà récurrent dans A la Maison Blanche), deux amis d’enfance, qui restent d’éternels enfants. Au premier abord, on pourrait penser que mêler les enquêtes policières classiques et l’humour est une mauvaise idée, tant elle a déjà été mise en œuvre par le passé. Monk, Mentalist dans une moindre mesure, ou Castle, le font par exemple avec plus ou moins de succès. Cependant, deux aspects sont à prendre en compte. Le premier, c’est que Psych a été précurseur dans le domaine de l’humour moderne. Si Monk avait déjà une formule similaire, elle était également diffusée sur USA Network, ce qui explique que Psych soit souvent caractérisée comme sa jumelle, et y fasse même une référence en fin de série. Il est d’ailleurs bon de noter que Mentalist est arrivée après Psych, et non l’inverse. Ainsi, c’est bien cette dernière qui recevra la palme de l’inventivité. Le deuxième facteur explicatif de l’originalité de Psych est qu’elle ne se limite pas à un humour facile fondé sur la différence entre le personnage principal enfantin et ses collègues centrés sur le travail. Ici, le duo formé par Shawn et Gus fonctionne à merveille, et est déjà source d’humour à lui tout seul, sans être obligé de passer par l’opposition avec le sérieux des policiers. En effet, l’alchimie entre les deux acteurs est indiscutable. En ressort l’amitié la plus touchante que la télévision nous ait offerte depuis de nombreuses années. Les gags récurrents font toujours mouche, les disputes puériles entre les deux amis sont hilarantes, et surtout crédibles. Aucune situation ne semble forcée tant les acteurs sont impliqués dans leur rôle. Ils s’amusent, et par la même, nous amusent.
Bien sûr, les fameux collègues seront également de la partie, non sans certains stéréotypes. Mais encore une fois, ces personnages secondaires seront interprétés avec une telle justesse qu’ils en sont drôles malgré eux, et surtout touchants. Le spectateur peut aisément s’identifier à ces personnages qui tiendront d’ailleurs souvent une place centrale dans le récit. C’est surprenant, car dans ce type de série, ils ne sont généralement la que pour graviter autour du héros et le mettre en valeur. Ils n’ont qu’un rôle-fonction. Or, ici, c’est l’inverse qui se produit. Tous les personnages forment une famille, et ont chacun une personnalité propre qui sera développée au cours des huit saisons. Les relations évoluent au fil de la série, entre humour brut et tendresse.

Le ton est léger, les enquêtes ne se prennent pas au sérieux.
Le ton est léger, les enquêtes ne se prennent pas au sérieux.
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‘autre grande force de la série est d’avoir su capitaliser sur la passion de James Roday (souvent scénariste et réalisateur) pour la pop-culture, et le cinéma obscur des années 1980. Ainsi, tous les épisodes sont emplis de références en tous genres aux films, séries télévisées, acteurs et musiciens qui ont marqué les dernières décennies. Tout cela sera fait avec un humour d’une très rare inventivité, et surtout d’une étonnante efficacité. Encore une fois, c’est un presque sans-faute sur ce point la, et voir autant d’hommages au sein de la série est réellement incroyable. L’équipe ira même jusqu’à changer le ton du générique selon l’intrigue de l’épisode. Ainsi, on aura un générique chanté en espagnol, ou à la sauce Bollywood. Tout cela sera accompagné d’une gestion des Guest Stars exemplaire, ou chaque invité dans les épisodes est la pour une raison. Chacun d’entre eux aura un rôle en rapport avec ce qu’il a joué dans le passé ou ses prestations marquantes au cinéma. On pense notamment à Bruce Campbell dans un épisode centré sur les zombies. A chaque épisode, sans exception, les invités sont un point fort, et servent parfois eux-aussi d’éléments parodiques ou humoristiques malgré eux, avec une autodérision qui force le respect. Alors forcément, tout ne fonctionne pas, et on sent quelques passages à vide pendant la série, mais tout cela est aisément rattrapé par des épisodes d’une grande qualité. On pense notamment à l’épisode en saison 8, qui opère un remake d’un épisode de la première saison en ré-invitant tous les acteurs qui ont marqué la série dans des rôles différents. On pense aussi à l’épisode hommage à Shining, à l’Exorciste, ou encore à l’incroyable épisode Twin Peaks et sa fin surréaliste avec les acteurs de la série originale. Les enquêtes, très thématisées, rendent souvent hommage à une œuvre qui a marqué culturellement, avec une importance primordiale de la musique et de la réalisation.

Vous avez dit Twin Peaks?
Vous avez dit Twin Peaks?
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l est donc aisé de deviner que le format choisi est un format en stand-alones. Autrement dit, nous avons la formule un épisode = une enquête. Cela correspond bien au style choisi par la série. Ce qui est plus gênant en revanche, c’est que ça contribue à vieillir cette dernière. A l’heure actuelle, beaucoup de séries utilisent une intrigue feuilletonnante pour accrocher rapidement le spectateur. Le développement des médias comme Netflix (House of Cards) contribue à augmenter le catalogue de séries disponibles, créant ainsi une concurrence exacerbée. Dans ces conditions, on voit bien l’émergence d’une volonté de mettre en avant le fil-rouge. On pense ici à Person Of Interest, qui a commencé comme un procedural drama classique avant de consacrer la majorité de ses épisodes à diverses intrigues principales. Le souci dans le cas de Psych, est que celle-ci n’a pas su évoluer au fil de sa course, et a continué à proposer du stand-alone en trop grand nombre. Il n’y a presque aucun fil rouge au sein de la série, ce qui est inquiétant quand on sait qu’il y a eu plus de cent épisodes. L’équilibre n’a clairement pas été trouvé. On notera quand même l’arc narratif autour des Yin/Yang killers, qui reviennent à chaque season finale à quatre reprises (Saisons 3,4,5 et 7). Si la conclusion de l’histoire laisse à désirer, la tension en fin de quatrième saison est saisissante, tant on n’est pas habitué à voir des intrigues réellement sérieuses dans Psych. Le fait de voir les personnages en danger réel pendant cet arc narratif a été une bonne chose. De même, l’arc autour de l’excellent Pierre Despereaux (Cary Elwes, fantastique) aura été intéressant, même si le personnage était surtout la pour sauver des intrigues très moyennes.
Malheureusement, tout cela ne suffira pas en terme de fil-rouges. L’intérêt pour la série est maintenu par les personnages et les situations toujours plus loufoques, mais la décision d’arrêter la série après la huitième saison aura été sage. D’ailleurs, cette dernière saison aura été décevante en bien des points. Si Lassiter est développé comme jamais, c’est peut-être parce que les autres personnages ne sont plus la, ce qui est problématique dans une série construite sur les relations qui les habitent. Une baisse qualitative se fait sentir, heureusement compensée par une avancée sur le plan scénaristique. A ce propos, le series finale est clairement une réussite, avec un sentiment d’accomplissement et d’achèvement qui ravira les fans. Les invités seront la aussi un point fort, avec un guest de choix comme dernier adversaire, et une apparition incroyable d’une acteur de gros calibre. L’épisode sera plus mélancolique que d’accoutumée, mais restera toujours drôle, pour finir sur une note très positive. De quoi compenser pour la faiblesse de la saison.

Et si on proposait ce nouvel uniforme aux Experts?
Et si on proposait ce nouvel uniforme aux Experts?

En somme, outre son humour novateur et ses acteurs parfaits, la série parvient à emporter l’adhésion grâce à une générosité qui crève l’écran. Ce n’est certainement pas une grande série, mais concernant les objectifs qu’elle s’était fixés, ils sont largement remplis. Pour ça, on ne peut que la remercier.

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Seules les deux premières saisons sont disponibles en VF :

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Article écrit par Jean-Baptiste

Comme le disait Joseph Bédier, "le cinéma, c'est un oeil ouvert sur le monde". S'il avait connu l'âge d'or des séries télévisées, sans doute aurait-il eu le même discours, tant ces-dernières ont su évoluer jusqu'à faire jeu égal avec le septième art. Parallèlement, ces deux supports se sont développés, sans jamais que l'un ne nuise à l'autre. Et pour cela, chacun mérite d'être étudié. Je m'appelle Jean-Baptiste, passionné de cinéma et de séries télévisées.

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