The Neon Demon

15 jours, 15 jours d’absence sur GeeKroniques et je dois dire que vous écrire m’avait manqué. 2 semaines sans critique donc, mais pas sans cinéma, ceci dit, rien de bien excitant à vous proposer… J’aurai pu vous parler de «Ils sont partout», une comédie satirique française composée de sketchs, mais non, trop compliqué malgré un sujet intéressant, mais peu amusant. «Alice de l’autre côté du miroir» alors? Pas de quoi tenir sur un article et surtout une bonne suite sans être passionnante.

J’étais également à deux doigts de me faire absorber par mon canapé et ma télé pour vivre l’Euro 2016, mais non, quelque chose a su retenir mon attention, attirer mon regard pour m’interpeller et me pousser à déplacer mon vieux corps mou dans une salle obscure. Cette chose m’a fait des appels de phares, m’a provoqué et je suis allé à sa rencontre. Cette chose est le nouveau film de Nicolas Winding Refn, «The Neon Demon», film présenté lors du dernier festival de Cannes en compétition officielle avec un parfum de provocation et des avis aussi tranchés que divisés sur la dernière réalisation du cinéaste danois.

the neon demon

«The Neon Demon» raconte la chute abyssale d’une jeune fille qui a pour rêve de devenir mannequin et qui va découvrir le monde sulfureux et opaque de la mode à Los Angeles…

IL ÉTAIT UNE FOIS…

Il était une fois, Jesse, une jeune fille qui débarque à Los Angeles avec des rêves de podium plein la tête… «The Neon Demon» est un film qui reprend la narration d’un conte pour plonger dans le lugubre, le malsain et le dérangeant avec un personnage central très attachant dont l’évolution et la destinée vont surprendre le spectateur et le bousculer dans le moelleux de son siège. Jesse a une histoire familiale digne de Bambi et il n’est pas étonnant qu’on lui fasse rapidement remarquer son regard de biche effarouchée. Jesse va évoluer dans le milieu surfait de la mode à Los Angeles à la manière de Dorothy dans le pays d’Oz ou Alice aux pays des merveilles. Jesse rencontrera aussi des figures masculines telles que le prince charmant au cœur et l’âme pure, le grand méchant loup à la méchanceté gratuite et vicieuse, mais aussi les rois et reines de la fashion-life qui dictent les règles du mannequinat avec suffisance. Jesse aura également à faire à des amies aux faux semblants que je compare aisément aux sœurs et à la mère de Cendrillon. En gros, tout ce qui a pu vous faire rêver et construire les bases de votre imaginaire d’enfant sera mis à mal par Refn avec une version «Nightmare» des contes de fées qui font fantasmer les jeunes filles comme l’univers de la mode fait fantasmer Jesse et des centaines de petites princesses désireuses de vivre la célébrité sur papier glacé.

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Refn a toujours eu des héros mâles, virils et guerriers entre le cascadeur dans «Drive», le prisonnier le plus violent du Royaume-Uni dans «Bronson» ou alors le Viking One Eye dans «Vahalla Rising». Pour «The Neon Demon», place à une femme ou plutôt un petit bout de femme, Jesse. 16 ans, frêle et naïve , elle débarque dans un monde dont elle imagine des possibilités immenses, mais pas le côté obscur qui le compose. Refn a fait le choix le plus évident et meilleur possible pour incarner la belle en engageant l’actrice Elle Fanning, une actrice que j’ai vraiment découverte dans le «Super 8» de JJ Abrams. La démarche de notre réalisateur est simple et diablement efficace avec une actrice qui a tout pour créer l’empathie, tout pour créer le malaise avec une sexualisation assumée du personnage pour lequel il va même s’offrir le luxe de faire évoluer en femme fatale et forte. Pour accompagner la nouvelle égérie de mode que tout le monde s’arrache, nous avons droit à une galerie de personnages majoritairement féminins incarnant les aspects les plus négatifs de cet univers sombre: la sexualité malsaine et forcée ou la pudeur ne peut exister, la compétition à outrance et aux dérives multiples, mais aussi la recherche du corps parfait même si la mutilation en est le chemin.

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Le 11ème film de Refn serait donc une critique du monde de la mode!!?? Un peu facile tout de même tant le commun des mortels peut imaginer sans difficulté ce qu’il advient des mannequins utilisés comme chair à canon pour flatter l’égo de clients richissimes et nourrir les fantasmes du grand public. Refn corrige quand même le tir d’un «Only God Forgives» aux messages assez légers vivement critiqué pour son aspect plus visuel que narratif. J’ai vraiment eu l’impression qu’il arrivait avec ce nouveau long métrage avec l’ambition de conserver son travail esthétique en fer de lance tout à l’associant à une héroïne à l’écriture soignée qui accroche le spectateur pour mieux le surprendre et le malmener sur un dernier acte en apothéose du chaos et du gore. Au final, on retrouve tout ce qui fait la particularité du cinéma du petit Nicolas: un personnage bousculé dans son monde qui doit affronter la violence, les règles et la bestialité de celui-ci pour tenter de survivre.

CLAQUE VISUELLE OU CHIRURGIE ESTHÉTIQUE?

Un film de Refn qui sort au cinéma est un rendez-vous immanquable pour les cinéphiles qui apprécient les réalisations percutantes, visuellement travaillées avec une esthétique poussée à l’extrême. Inutile de vous dire que c’est de nouveau le cas pour «The Neon Demon» dans lequel le réalisateur peut se faire plaisir et forcément nous faire plaisir. Il bénéficie aussi d’un avantage certain avec le sujet même et l’univers de son film, il est quand même plus facile d’y aller à fond dans une réalisation bling-bling et ultra stylisée quand on veut décrire un monde aussi superficiel que destructeur. On ne tombe pas non plus dans le ringard et le kitch pour autant avec des choix graphiques réfléchis et qui servent la narration du film. Beaucoup d’oppositions nous sont balancées à l’écran comme une série de flashs durant un shooting photo, l’opposition de la douceur et la fragilité de Jesse face à une industrie vorace. Les passages de vie professionnelle de Jesse sont baignés d’éclairages puissants et irritants avec les couleurs dominantes tels que le rouge vif, le violet et le bleu- néon qui pétillent et crépitent, couleurs vives qu’on n’oublie pas d’opposer à des ambiances plus sombres voire crasseuses, quand Jesse évolue parmi les badauds dans l’hôtel où elle réside ou chez ses nouvelles amies.

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Malheureusement, parce qu’il y a toujours un «malheureusement» chez l’éternel insatisfait que je suis, je trouve que ce qui fait la force de Refn le dessert toujours un peu. C’est encore le cas dans son «The Neon Demon»… J’aime les esthétiques envahissantes dans un film qui donne l’impression de vivre une expérience unique, mais j’ai parfois eu la sensation que le Refn devenait la caricature de lui même et ça devient une habitude ces dernières années!!! Certains plans sont tellement esthétiques que ça devient lourd, long et pesant… Pesant, à la limite, c’est logique vu l’ambiance oppressante et anxiogène qui se dégage de cette histoire, mais j’ai ressenti de l’ennui sur la deuxième partie du film avec une fin un poil de mauvais goût et indigeste malgré des métaphores puissantes. Métaphores puissantes, oui, mais tellement appuyées que je me suis demandé si on ne prenait pas pour un idiot… Après c’est le style «Refn» et il faut accepter les règles de son cinéma, mais le côté brut de ses premiers films s’efface petit à petit pour laisser place à de l’esthétique et de l’effet clippesque à volonté. Je pinaille encore une fois, mais s’il y a un point sur lequel on sera tous sûrement d’accord, c’est la BO une nouvelle fois composée par Cliff Martinez. Très electro, très mécanique comme pour enlever toute humanité à notre fiction, renforçant l’aspect «clip» que j’ai légèrement fustigé un petit peu plus haut. Je retiens surtout quelques belles compositions qui participent à donner de l’épaisseur à Jesse avec des mélodies toutes légères menacées par des sons très graves à la limite du sourd.

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À voir? Pour son esthétisme et pour la fragilité de son personnage principal. Attention tout de même à la violence permanente qui peut déranger les spectateurs les plus sensibles ou les détracteurs du cinéma de Refn.

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6.5 Note GeeKroniques
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- Tout ce qui fait le cinéma de Refn : esthétisme poussé à l’extrême et symbolisme à outrance. - Le personnage de Jesse et son interprète Elle Fanning. - La nouvelle collaboration entre Refn et Cliff Martinez pour une BO électro.
On a pas aimé
- Refn veut tellement choquer qu'il se caricature lui-même - Un dernier acte indigeste malgré de belles métaphores. - Quelques plans inutilement longs et qui peuvent ennuyer le spectateur.
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Article écrit par Anthony

Grand consommateur de films, mais attention : j'aime la qualité!!! SF, fantastique, action, réflexion, comédie, français, étranger, drame, biopic, etc, etc, ... du moment que c'est fait avec le cœur et non avec les pieds!!!

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