THE ARTIST – KDC #5

Après avoir réalisé Astérix aux Jeux olympiques, Thomas Langmann est tenté par le projet de Michel Hazanavicius, celui d’un film en noir et blanc muet. Ce dernier est à la base un homme de télévision et il est principalement connu pour avoir dirigé des films ayant comme points communs d’être des hommages et des parodies, comme La Classe Américaine et deux OSS 117. L’idée d’Hazanavicius est de réaliser un film hommage au cinéma américain des années 1920, quitte à caresser dans le sens du poil les Américains pour chercher la récompense. 

THE ARTIST (2011, M. HAZANAVICIUS) – Kronique de Charles #5 :  

CONTEXTE

Dans The Artist, Michel Hazanavicius veut glorifier les belles heures du cinéma hollywoodien avec la transition entre le muet et le parlant avec de nombreuses références, cachées subtilement ou non. On peut citer des cinéastes comme Charlie Chaplin avec le personnage principal que joue Jean Dujardin (George Valentin), Orson Welles avec le parcours de ce même personnage et celui de Charles Kane dans Citizen Kane (en plus de l’apparition d’articles de journaux alternés par des fondus), ainsi que Fritz Lang, Friedrich Murnau, Douglas Fairbanks et Billy Wilder. Notons aussi des inspirations d’autres films comme Une Etoile est Née par rapport au personnage de Peppy Miller (joué par Bérénice Béjo) et surtout, LE film qui a certainement le plus de similitudes avec The Artist, Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? , tant dans l’histoire racontée que quelques plans ressemblants. Citons enfin Chantons sous la pluie qui traitait aussi du passage au son dans le 7ème art. The Artist est un cas particulier pour un film de 2011 : il est en muet, en noir et blanc et est filmé en format 4 : 3, comme durant les années 1920.

QUE RACONTE THE ARTIST ?

Cette comédie dramatique commence en 1927 à Hollywood, berceau des superproductions cinématographiques américaines. Elle raconte la carrière d’une star du cinéma muet George Valentin, à l’affiche des meilleurs films aux États-Unis. Il mène une vie remplie de paillettes, de fêtes, de gloire, en gros tout roule pour l’acteur. Mais le cinéma se trouve une nouvelle voie vers le cinéma parlant et les producteurs cherchent de nouveaux talents pour promouvoir cette innovation. C’est lors de cette transition que George Valentin va rencontrer Peppy Miller. Il l’aidera à persister pour devenir une actrice confirmée, l’aidant à avoir une personnalité distinctive (avec le coup du point qu’il lui maquille sur le visage). La jolie brune réussira dans les films parlant alors que George Valentin verra sa carrière décroître avec la disparition des œuvres muettes, mais têtu comme une mule, il continuera à tourner des films muets à l’image de Charlie Chaplin. Ce film raconte le destin croisé de ses deux acteurs, mêlant amour, amitié et duel.

DIFFICILE DE RESTER TENDANCE AU CINÉMA

Le personnage de George Valentin est une illustration excellente de l’acteur qui appartient à un mouvement, un genre, une tendance. S’il ne parvient pas à résister à l’arrivée du cinéma parlant contrairement et son amie Peppy Miller, c’est qu’il est arrivé la même chose aux acteurs américains durant les années 1920-1930. Il en est de même pour une actrice bien sûr. Ou tout simplement pour un cinéaste lorsque la tendance du moment change. Le cinéma est une mode : qu’il connaisse une évolution technique et narrative ou qu’il connaisse une mode passagère, le cinéma s’accroche à ce qu’il peut pour rester en vie. Valentin n’est qu’un reflet de ce qu’on vit aujourd’hui dans le milieu artistique, tout comme Miller arrivé au bon moment pour surfer sur la vague ascendante.

Valentin persiste à jouer dans des films muets, car il considère que c’est dans ce genre qu’il s’exprime le mieux : il pense que le l’image prime avant tout, que le langage cinématographique ne doit pas être dépassé par le son. Cela m’a amené à réfléchir sur ma conception du cinéma :  au moment d’écrire cette chronique, j’ai 26 ans et j’ai été bercé très jeune par des films où la parole était très présente. Lorsque j’ai acquis une culture de l’image, j’ai cherché de plus en plus d’œuvres qui marchaient surtout par l’image. C’est un peu une philosophie de vie quelque part : les gestes valent mieux que la parole. On peut évidemment concilier les deux, mais je préfère agir que parler. C’est exactement de ça que parle The Artist.

Notre pauvre George, voyant sa carrière descendre, va sombrer dans l’alcoolisme, fera une dépression et sacrifiera de rage ces bobines (seul support pouvant contenir un film à l’époque). Il existe bien sûr un parallèle entre le parcours de George et le parcours de Peppy. George sera borné pour continuer à faire des longs-métrages muets tandis que Peppy va voir sa carrière monter en flèche. Grâce à l’aide de George, Peppy réussira et ne le remerciera facilement que trop peu, après tout, elle a “pris sa place”. C’est cruel, mais c’est comme ça que fonctionne le cinéma : on vous aide et quand votre mentor disparaît, vous l’oubliez aussi alors que sans lui, vous n’en seriez pas là.

HOMMAGE AU VIEIL HOLLYWOOD

La musique est à la fois contemporaine aux années 1930 et moderne avec son rythme rapide et se rapprochant des comédies musicales actuelles. Lorsque le son surgit, il y a une impression de sortir du film tellement nous étions habitués à suivre les images et les quelques cartons de dialogues, c’est le cas pour George, mais aussi pour le spectateur : on ne s’attend pas à cette apparition sonore soudaine et nauséabonde. La mise en scène est très classique, l’intention d’Hazanavicius de calquer la façon de filmer dans les années 1920 est quasiment respectée, il ajoute même des plans peu conventionnels des années 1920 avec ce qui reste pour moi la scène la plus marquante de l’œuvre, celle de la plume qui tombe et qui émet un son tonitruant, et par la suite on voit George poser ses mains sur ses oreilles, la caméra effectuant un zoom rapide sur son désarroi. Cette belle séquence montre sa non-volonté de jouer dans le sonore. Aussi on peut remarquer l’évolution de la teinte des gris et des blancs au cours du film : la descente aux enfers de George Valentin correspond à la teinte du gris qui se fait de plus en plus présente. Tout cela montre que notre réalisateur a le sens du détail profond.

FORMATÉ POUR LES OSCAR ?

La première fois que j’ai entendu parler de The Artist, c’était au moment des Oscar en 2012 : la France été représentée dans plusieurs catégories dans la cérémonie “ultime” du cinéma. Curieux, je me suis intéressé à un film réalisé par un réalisateur qui ne m’avait jamais bouleversé par son cinéma. Pourtant j’aime beaucoup OSS 117 et La Classe Américaine. Paradoxe ? Non, je l’ai dit, Michel Hazanavicius est surtout un mixeur d’images, il détourne ce qui a été fait, il n’est pas un créateur.  Lorsque je vois un de ces films, jamais je ne me dis “oh tiens, c’est un film de ce mec”. Ce travail, il le maîtrise, mais même si l’idée de The Artist est peu conventionnelle, cherchait-il à satisfaire le vieux cinéphile américain ? Produit par les frères Weinstein (connus pour influencer le résultat des Oscar depuis de nombreuses années), distribué par la Warner Bros., présence de comédiens américains dont John Goodman et James Cromwell, hommage d’un cinéma qui faisait tant rêver et qui fait toujours rêver : beaucoup d’éléments amènent à penser qu’Hazanavicius a réfléchi son film dans une optique de plaire à un certain public et non d’en faire un objet artistique personnel, ou bien il a eu un coup de pouce de “mécènes”. Me réveillant au lendemain des Oscar, j’apprends avec très grande surprise que The Artist rafle le meilleur réal, la meilleure musique (ironique pour un film muet), le meilleur acteur pour Dujardin et même le meilleur film. Tant mieux pour la France, mais le coup était trop prévisible.

POURQUOI FAUT-IL VOIR THE ARTIST ?

The Artist est une oeuvre curieuse par rapport à son époque. Elle permet de voir Hazanavicius et Dujardin dans un registre plus sérieux que d’habitude. Elle est un reflet de la tendance au cinéma permettant à de nouvelles têtes d’en profiter et aux “anciens” d’y résister. C’est aussi un objet intéressant à étudier puisqu’il pose la question d’un produit possiblement formaté au sein d’un film parlant de cinéma.

Sources :

HAZANAVICIUS, Michel. The Artist. Warner Bros., The Weinstein Company, Wild Bunch, sorti en salle en 2011. 1 h 40 min. Fiche IMDb

Toutes les images de l’article sont issues du film. Elles n’ont pour but que d’illustrer le manuscrit et respectent le droit de diffusion dans le cadre d’une critique.


Les « Kroniques de Charles » sont des présentations et des réflexions sur des œuvres (tout support confondu). Ces contenus n’ont pas la prétention d’être des analyses poussées de films ou une réflexion très développée, mais plutôt de parler d’œuvres que je souhaite partager (qu’elles soient connues ou non), chaque opinion sera différente sur une œuvre de tout de façon. Les commentaires sont l’occasion de discuter de ce film, afin de permettre un débat et éventuellement suggérer un article sur d’autres œuvres, ayant un rapport ou non avec celui-ci présent.

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Article écrit par LeMondedeCharles

Amateur de cinéma asiatique, policier et de films aux lectures sociologiques, ainsi que la littérature de fiction et anthropologique, je pose une curiosité sur toutes les catégories possibles, toutes années confondues, en particulier sur des œuvres se détournant des codes établis.

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