Suspiria

Suspiria, c’est un mythe du cinéma d’horreur italien né de l’un des plus gros noms du mouvement cinématographique du Giallo, Dario Argento. La musique et l’utilisation des couleurs dans ce film sont devenus des éléments cultes. Suspiria fait partie de ces films qui sont tellement admirés depuis tellement d’années qu’il me semblait impensable d’envisager l’existence d’un remake un jour.
Puis je me suis souvenu qu’il s’agissait du vrai monde.

Je ne pouvais m’empêcher d’être craintif vis-à-vis de ce projet. Même si l’actualité autour du film donnait de bonnes indications. Il ne s’agirait pas d’un remake bête et méchant mais plutôt d’une réinvention et le réalisateur est Luca Guadagnino, qui est extrêmement bien vu depuis le succès critique de son Call Me By Your Name.

Mais étrangement, l’élément qui m’a fait basculer était l’annonce de Thom Yorke (le chanteur de Radiohead, petit groupe indé pas connu et surtout pas apprécié du tout) à la musique du film. Fan du bonhomme, j’ai commencé à m’intéresser de plus près à l’actualité, la production du film… Puis j’ai commencé à écouter des interviews, à écouter les thèmes musicaux du film que Thom diffusait sur sa page YouTube au compte goutte…
Suspiria était devenu un des films que j’attendais le plus en 2018.

Sur cette fin d’année, il était aisément dans ma liste des immanquables au cinéma. Et j’ai la chance de vivre en région parisienne donc malgré la distribution sans doute compliquée en province pour un film comme ça (on parle d’un film d’ambiance horrifique de 2h30 après tout), j’ai pu le voir dans les meilleures conditions possibles.

Petite mise en contexte

J’ai vu le film en version originale sous-titrée. Impossible de savoir si Olivier Giroud double Tilda Swinton dans ce film, donc je ne pourrais pas aborder la VF dans cette critique.

Pour tout vous dire, j’ai vu le film original de 1977. Je n’ai néanmoins pas vu ses deux suites. Car oui, vous ne le saviez peut-être pas mais Suspiria est en fait le point de départ d’une trilogie appelée la trilogie des Trois Mères. Les deux autres opus de cette trilogie sont Inferno, sorti en 1980 et Mother of Tears, sorti en 2007. J’aime beaucoup le film principal mais je n’allais pas voir ce remake en espérant qu’il se ramasse pour que je puisse simplement vous dire qu’il faut regarder le Suspiria original à la place parce qu’il est intouchable blablabla…
Il n’y aura donc pas une once de nostalgie mal placée dans cette critique, même si je parlerais forcément du film original.

Et vu l’introduction, vous l’avez compris : nous sommes ici sur une critique qui s’annonce longue ! Pour vous accompagner, le thème musical principal me semble tout indiqué.

Thom Yorke – Suspirium

Mater Tenebrarum

Le réalisateur voulait vraiment se réapproprier l’histoire et nous proposer quelque chose de différent. Nous avons le même synopsis, à savoir une jeune amatrice de danse qui intègre une école prestigieuse en Allemagne et où des événements surnaturels et macabres vont avoir lieu, amenant à la découverte que l’école est gérée par des sorcières.

Mais là où le film original d’Argento était un bloc compact de 90 minutes, Luca Guadagnino part dans le film fleuve avec un long-métrage de 2 heures et demi, avec un changement dans l’époque et la ville (ça se passe toujours en Allemagne, mais cette fois-ci en 1977 à Berlin alors que la ville est dans un climat de grandes tensions politiques et sociales) et des éléments nouveaux dans le scénario.

Il y a également une envie de s’éloigner de l’original dans l’identité visuelle. Là où l’original est connu pour l’utilisation de couleurs vives (voire bien fluo), cette version joue beaucoup sur une image globalement très pâle.
Je le comparerais à un autre film d’horreur récent avec une sorcière : The Witch. Au passage si vous ne l’avez pas vu, je vous conseille très fortement The Witch, parce que c’est super.

Mais est-ce que ça marche ? C’est ça, la seule question qui devrait compter. Parce que c’est bien ces changements, ça montre que nous ne sommes pas devant un remake bête et méchant qui n’apporte rien de neuf. Mais cela ne rend pas automatiquement le film génial pour autant. Par exemple, Total Recall: Mémoires programmées est très différent du Total Recall original, cependant, il n’a pas le moindre intérêt.

Eh bien la réponse est : globalement oui. Non, le film n’est pas parfait et ça me fait mal au coeur de le dire mais j’en parlerais dans la seconde partie. Celle intitulée Mater Lachrymarum, en rapport aux larmes tout ça… A croire que c’est un minimum organisé, c’est fou !

Le film fonctionne très bien, l’ambiance est pesante et même si le rythme est lent, on a ce sentiment de lente brûlure et d’escalade (jusqu’à un final qui vire dans le fantasmagorique le plus complet) qui fait qu’on ne tombe pas pour autant dans l’ennui.

Là où l’original allait dans le viscéral et le gore bien visible, celui-ci tape plus dans le registre du nauséeux. Néanmoins pour les fans de gore, on a quelques scènes ici et là qui font un sacré bon boulot. Mention spéciale à une scène de danse qui m’a rendu heureux de ne pas avoir mangé avant d’aller voir le film. Je déplore néanmoins le fait qu’il n’y en ait pas assez étrangement. Je ne demande pas un film Saw ou de la tripaille toutes les deux minutes, mais disons que le film pouvait gagner en qualité avec un rythme de scènes choquantes un peu plus dynamique.

Sur la forme, il n’y a pas grand chose à dire de négatif. La musique de Thom Yorke fonctionne parfaitement (je pense d’ailleurs que c’est l’élément qui me marquera le plus longtemps étant donné que j’écoute le thème en boucle depuis), la réalisation est impeccable avec notamment quelques clins d’oeil au style d’Argento ici et là, comme les zooms agressifs sur les visages etc… Le style de réalisation de Guadagnino sur ce film est un bel hommage à Argento, sans entrer dans la lourdeur d’avoir un effet copier/coller.

On ajoute à tout ça un casting impeccable (qu’on ne vienne plus me dire que Dakota Johnson ne sait pas jouer juste parce qu’elle était dans la trilogie 50 nuances s’il vous plait) et on obtient un sacré cocktail qui fait du bien à la tête. Suspiria ne nous prend pas pour des idiots, et c’est plaisant !

Thom Yorke – Open Again

Mater Lachrymarum

Malheureusement, Suspiria souffre de deux problèmes selon moi.

Le premier est justement dans la volonté d’être un peu moins viscéral et un peu plus intellectuel, le film tombe parfois dans l’ajout inutile. L’exemple le plus flagrant est tout ce qui touche au cadre politique et social du film.

J’ai compris que cela voulait ajouter un message concernant le poids des erreurs du passé et la culpabilité qui se transmet aux générations suivantes (enfin peut-être que je suis idiot et que ça ne soit absolument pas ça) mais on a beau avoir ces notions qui s’installent, elles n’apportent concrètement pas grand chose. Mais comme c’est un élément qui revient assez souvent, notamment avec plusieurs retours sur une histoire de terrorisme et de libération de prisonniers, ça laisse un léger sentiment de « tout ça pour ça ».

La deuxième raison entre cette fois-ci totalement dans la subjectivité. Je pourrais donc tout à fait comprendre si vous ne voyez absolument pas de quoi je veux parler.

Suspiria est intellectuellement très intéressant, mais ne satisfait pas émotionnellement. 

Parler du film avec des gens est quelque chose que j’aimerais beaucoup faire, mais décrire ce que j’ai ressenti en voyant le film sera plus complexe parce que tout tombera dans le discours de la langue de bois, à base de « oui c’était bien mais… ». J’aime ce que l’on m’a proposé, mais je n’ai jamais eu un investissement émotionnel durant les événements du film. Et c’est pour ça que c’est purement subjectif ici, car quelqu’un pourra y voir un film juste sensationnel qui marque à vie. Avec Suspiria, j’ai vu un film qui joue un peu trop la carte intellectuelle là où j’aurais aimé qu’on joue un peu sur le registre émotionnel.

Thom Yorke – Unmade

Mater Suspiriorum

Suspiria est l’un des meilleurs remakes existants. La démarche du réalisateur était louable et le résultat est réussi. Malheureusement il est peut-être allé trop loin sur certains éléments et le script se concentre parfois sur ce qui ne comptait pas vraiment.

Néanmoins, des films d’horreur comme ça, nous en voyons peu. Trop peu à mon goût pour être tout à fait franc. Et Suspiria n’est clairement pas un film qui parlera au plus grand nombre. Mais pour ceux qui sont curieux, je vous encourage définitivement à aller le voir. Ce n’est pas le meilleur film d’horreur de l’année (j’ai préféré Héréditaire pour tout vous dire) mais il reste diablement efficace.

Et je veux voir plus de films d’horreur comme ça sur le grand écran. Le genre de l’horreur connait une profonde renaissance depuis quelques années maintenant et nous permet de voir plus de films intéressants et moins de torture porn sans intérêt. Et j’encouragerais toujours à aider ces films tant qu’ils continueront de nous montrer que le cinéma d’horreur est un vrai cinéma qui a des choses à dire et à faire ressentir.

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Article écrit par Greil

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