OKJA

La vie est une histoire de rituels, par exemple, quand je lance Netflix, je suis toujours le même cheminement : vérifier ma liste, checker les nouveautés, constater, après de longues minutes, que je n’ai toujours pas tranché et que je suis de nouveau face à des choix cornéliens. En ce 28 juin 2017, je n’ai pas hésité une seule seconde!! En effet, Okja, une de mes attentes cinéma de l’année allait sortir sur la plateforme américaine de streaming légal et non en salles comme on aurait pu l’imaginer.

Il faut dire qu’un projet réunissant Tilda Swinton, Jake Gyllenhaal ou encore Paul Dano à l’écran, le tout sous la houlette de Bong Joon-Ho, avait de quoi me hyper sévère. On peut aussi remercier le dernier festival de Cannes qui a convié cette exclusivité Netflix dans sa sélection, avec une séance de cinéma qui a commencé sous les huées d’une salle de gens du métier allergiques à quelques lettres rouges sur fond blanc… C’est que ça tremble des miquettes du côté des “pros”, des “exploitants de salles” françaises plus préoccupés par le manque à gagner, la perte du contrôle de la nouveauté sur l’hexagone, que par les attentes du spectateur et l’envie de lui offrir le meilleur des spectacles

Autant te prévenir cher lecteur de Geekroniques, je me dois d’être un kroniqueur engagé pour vous parler d’Okja et surtout pour essayer d’être à la hauteur de ce bon vieux Bong Joon-Ho.

“Okja” ou l’histoire d’amitié se déroulant dans les montagnes de la Corée du Sud entre la jeune Mija et un cochon génétiquement amélioré. Une vie paisible au demeurant, mais que la société Mirando va venir stopper net en venant récupérer leur propriété : la fameuse créature aux milles perspectives pour cette multinationale tentaculaire.

PEU IMPORTE LA TAILLE DE L’ÉCRAN POURVU QU’ON AIT L’IVRESSE

Vous prenez l’ambiance tout en douceur d’un film d’animation de Miyazaki et une relation enfant/créature digne d’une production Amblin et de la malice de Spielberg, et vous voilà transporté dans les reliefs montagneux de la Corée du Sud avec Mija ((Ahn Seo-hyeon) et son cochon géant et foutrement intelligent. On est immédiatement projeté dans un univers à deux doigts du fantastique ou les dialogues sont rares et la complicité domine.

Deux êtres, une amitié et une source de bonheur de tous les instants, tout semble rouler comme sur des roulettes pour nos deux amis vivants sous le regard bienveillant du grand-père paysan de Mija. Le tableau semble idyllique jusqu’a ce que la réalité de la mondialisation reprenne le dessus. En effet, notre gros cochon pimpé par la génétique de la société Mirando doit se rendre aux USA pour participer à une parodie de concours aux apparences d’émission de télé-réalité dans laquelle le plus beau cochon sera… découpé…euh… couronné.

Enfin, c’est ce qu’imagine Lucy Mirando (Tilda Swinton), héritière de la société familiale, qui veut prouver sa valeur, mais c’est sans compter sur la petite, mais téméraire Mija  bien décidée à récupérer son amie même s’il faut pour cela quitter les douces montagnes de papy, saccager un supermarché, ou encore faire équipe avec des membres très engagés du Front de Libération Animale.

Pour faire simple, “Okja” a tout du conte, pas le conte avec une happy end à la Disney et consorts, mais le conte originel bien horrible ou on peut abandonner ses gamins dans la forêt et dans lesquelles les 7 péchés capitaux s’en donnent à coeur joie. Le conte et sa morale qui en disent long sur l’humain et sa part sombre. “Okja” est dans cette lignée : l’ignorance y côtoie l’avarice, la luxure fait de l’ombre à la pureté de l’amitié. Certains personnages sont grotesques, ubuesques même. Un abattoir devient le château lugubre de notre temps, et l’entreprise, le royaume d’une reine assoiffée par le profit et la course à la rentabilité.

TOUT EST BON DANS LE BONG JOON HO

Au final, ce “Okja” est un film qui correspond au cinéma de Bong Joon Ho, avec l’envie de raconter des histoires pour nous faire réfléchir par des formes très attractives pour mieux nous suspendre et dénoncer. On a vu dans “Snowpiercer” une lutte des classes dans laquelle l’entreprise multinationale est la grande méchante qui contrôlent la vie des gens de manière directe ou indirecte, ou encore ,”The Host”, un film de monstre qui parle beaucoup des problématiques écologiques de la Corée de Sud.

Des combats à mener, des problématiques à révéler, il y a en beaucoup dans le cinéma du réalisateur coréen. La maltraitance animale, la surconsommation de viandes et de nourriture en général nous viennent rapidement à l’esprit en visionnant sa nouvelle oeuvre, mais je pense qu’il ne faut pas se limiter seulement à cette seule et simple lecture. Il a bien plus de richesses et de nuances dans ce long métrage, tout n’est pas noir ou blanc. Certes Bong Joon Ho fait planer l’ombre démoniaque du grand méchant capitalisme, mais il arrive à donner beaucoup de relief et d’humanité à ses antagonistes, mais aussi une part sombre aux représentants de la bonne cause. Au final, il cherche surtout à conserver la candeur et la pureté de ses deux héroïnes, comme pour mieux nous montrer toute l’acidité du monde des adultes, tout en nous offrant une lueur d’espoir…

Ce qui est aussi très appréciable dans le cinéma de Bong Joon Ho, c’est cette agilité à jouer avec le genre et “Okja” en est le parfait exemple. Ce film a des allures de films de casse, des décors et des ambiances de film d’horreur, des scènes d’action utiles, lisibles et impressionnantes, un humour efficace, sans oublier du drame à nous humidifier les yeux.

J’admire aussi la capacité du réalisateur de “Memories of Murder” de réunir un casting international, multi générationnel, de Tilda Swinton à Jake Gyllenhaal (son personnage est à mourir de rire), en passant par Steven Yeun (le fameux Glenn de “The Walking Dead”), ou encore Giancarlo Esposito (Gus dans les série “Breaking Bad” et “Better Call Saul”).

De l’agilité, des capacités, mais aussi une virtuosité caméra en main pour nous proposer des belles compositions de plans aux couleurs et aux lumières travaillées, des mouvements de caméra et une gestion du cadre qui peuvent nous émerveiller, nous faire frissonner et même parfois nous horrifier. Toutes les caractéristiques d’un conte en somme…

On peut bien sûr trouver dommage que ce film ne soit pas sorti en salles… Une salle de cinéma reste l’endroit optimal pour découvrir une oeuvre, mais parfois le manque de moyen, le temps ou encore les caprices d’une industrie peuvent nous gâcher ce plaisir ultime. En 2017, ce ne sont pas les moyens d’accéder au cinéma et à l’art en général qui manquent!! Les temps évoluent, les technologies aussi, il est donc normal que le cinéma soit accessible par d’autres moyens. Tant mieux pour le spectateur, mais aussi pour le créateur qui peut voir son oeuvre diffusée largement et toucher un maximum de personnes sans pour autant avoir à faire des compromis.

À voir? “Okja” est clairement une réussite, quand l’émotion côtoie les revendications!! C’est engagé et véritablement du grand CINÉMA !!! La dernière claque de ce type pour moi fut le magnifique “Quelques minutes après minuit“, la justesse des émotions pour dénominateur commun…

8 Note GeeKroniques
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On a aimé
  • Une vraie proposition de cinéma dans son salon.
  • Un conte avec de la fantaisie mais aussi beaucoup de noirceur.
  • Un casting de qualité et hétéroclite !!
On a pas aimé
  • Ce film mérite une véritable exploitation en salles, quel dommage !!!
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Article écrit par Anthony

Grand consommateur de films, mais attention : j'aime la qualité!!! SF, fantastique, action, réflexion, comédie, français, étranger, drame, biopic, etc, etc, ... du moment que c'est fait avec le cœur et non avec les pieds!!!

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