Tu ne tueras point

Le cinéma a fait de la guerre un genre, un genre qui la magnifie ou la critique avec la même volonté de nous montrer notre humanité dans ce qu’elle a de plus cru, de plus bestiale. «Tu ne tueras point» est dans cette lignée, un film qui signe le retour de Mel Gibson derrière la caméra. Mel Gibson qui semble maîtriser ce sujet, celui de l’homme et de son rapport à la guerre.

La guerre, maîtresse intime de l’humanité. Elle crée ou efface les royaumes, les états et même les civilisations, comme le ferait une peste ou une grippe surpuissante. Quand celle-ci semble lointaine, elle s’invite sous d’autres formes pour influencer nos vies et l’organisation de nos sociétés. Elle est sale, violente, ne fais jamais dans la demi-mesure, et pourtant l’homme fonce toujours la tête baissée dans ses bras malgré un passé récent ou lointain écrit avec le sang des vaincus.

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«Tu ne tueras point» ou l’histoire du soldat Desmond Doss qui s’engagea dans l’armée américaine, mais qui refusa de tuer et de porter une arme sur le champ de bataille.

PACIFISME SUR CHAMP DE BATAILLE

Desmond Doss (Andrew Garfield) est jeune américain de confession adventiste (courant chrétien protestant), issu de l’union d’une mère aimante et douce et d’un père plus violent, car profondément marqué par son retour de France suite à la 1ère guerre mondiale. C’est dans ce contexte familial complexe que grandit Desmond, un garçon très agréable et naïf, qui rencontrera l’amour avec un immense A dans un hôpital voisin. En parallèle de cette idylle se déroule la seconde mondiale et c’est avec un élan patriotique que notre héros s’engage dans l’armée malgré l’hostilité de ses proches. L’hostilité, cela va devenir le quotidien de Desmond… Desmond, ce jeune homme aux convictions profondément ancrées dans son esprit!!! En effet, il veut servir son pays sur le front, mais à la condition de ne porter atteinte à la vie de personne et de ne porter aucune arme.

Je vous laisse imaginer le quotidien d’une personne qui s’engage à l’armée avec la ferme intention de ne pas faire la guerre comme l’entendent son pays, ses camarades, ses supérieurs et la loi militaire en vigueur. Malgré ce contexte, la violence physique et morale, Desmond ne lâche rien et arrive un peu de chance, mais surtout grâce à ses convictions, à partir sur le champ de bataille dans le Pacifique. Lui et sa compagnie se retrouvent au pied de «Hacksaw Ridge» (titre VO de «Tu ne tueras point»), un lieu stratégique que l’armée américaine n’arrive pas à prendre aux armées japonaises. C’est ainsi que la 77e compagnie et son soldat désarmé s’enfoncent dans une véritable fournaise, un enfer sur terre dans lequel Desmond va se révéler valeureux, puissant, et même dingue en bravant l’impossible au milieu des grenades, balles et ennemis habités par la soif de massacrer du ricain. Il n’évitera pas seulement sa mort, mais aussi celle de nombreux hommes en leur apportant soins, secours et protection.

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Un héros qui se transcende et reste camper sur ses positions, il fallait vraiment trouver un acteur convaincant pour incarner et faire vivre un héros presque surhumain dans l’expression de sa vision du monde. Celui qui à la chance et l’honneur de faire vivre Desmond à l’écran est Andrew Garfield. Le Spiderman des Amazing Spiderman de Marc Webb, qui semble s’éloigner du rôle de super héros cool et rebelle pour des choix bien plus réfléchis et matures. «Tu ne tueras point» permettra assurément à Garfield d’asseoir son talent à la face du monde du cinéma avec un personnage empathique, puissant, touchant, naïf, mais tellement sincère dans ses choix et ses actions. Mel Gibson rend un vibrant hommage à son personnage principal à travers son acteur principal, il va aussi nous faire découvrir ou redécouvrir des acteurs moins attendus et vendeurs qu’il va amener à se dépasser comme jamais pour nous faire une expérience cinématographique poignante et bouleversante. Je peux citer Vince Vaughn en chef de section colérique et dure avec ses hommes, à deux doigts d’être caricatural, mais qui dans un regard, un geste, une réplique, nous retourne complètement le cerveau. Comment passer à côté de Luke Bracey, beau gosse surfeur dans l’odieux remake de «Point Break», qui nous sert un soldat aussi téméraire que tête à claques qui accomplira des actions aussi folles qu’exceptionnelles. Je m’arrête là, tant les acteurs principaux et secondaires m’ont transporté dans leur histoire commune dirigée de main de maître par un Mel Gibson rassembleur et toujours aussi entier dans son cinéma.

CROYANCE ET SOUFFRANCE

Mel Gibson est effectivement un acteur /réalisateur entier, entier dans sa bêtise avec des sorties médiatiques douteuses, mais aussi entier dans son cinéma et ses thèmes de prédilection. De «Braveheart», à «La passion du Christ», en passant par «Apocalypto», Gibson aime nous parler de héros mis à mal à cause de leurs croyances, quelles soient religieuses, politiques ou philosophiques. On retrouve également ses thématiques dans «Tu ne tueras point», une histoire poignante qui nous parle de la guerre de manière très frontale à travers à un héros humaniste et pacifiste. Pas mal pour un réalisateur qu’on aime railler sur son côté très 1er degré, voire grossier pour les plus haters des haters du plus américain des Australiens…

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Le dernier long métrage de Mel Gibson peut aisément se diviser en deux parties. Une première partie plus calme, presque fantasmée avec travers une belle romance, un héros presque sans imperfections et une vie de famille difficile certes, mais ne mettra jamais vraiment à mal le spectateur. On place les bases de la mentalité de notre héros pour les confirmer lors de ses classes à l’armée. Gibson flirte régulièrement avec le mauvais goût et la sensation de «déjà vu», mais ne fait jamais l’erreur de dépasser la limite des fameux «clichés». Je pense que pour accepter cette première partie, il faut absorber le ton volontairement 1er degré du cinéma de son réal et les codes indémodables et nécessaires du genre du film de guerre qui correspondent assez bien à la mentalité patriotique et à l’intransigeance des convictions de notre héros. Une fois notre esprit préparé, nous pouvons nous aussi nous gravir le Hacksaw Ridge…

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Dans mon esprit, il y a ou il y a eu le mur de Berlin, la grande muraille de Chine, le mur d’Adrien et plus récemment le mur entretenu par la garde de nuit dans Game Of Thrones, maintenant il y aura le Hacksaw Ridge. La deuxième partie de «Tu ne tueras point» est aussi violente et percutante que la scène du débarquement en Normandie du «Il faut sauver le soldat Ryan» de Spielberg. Imaginez des vagues d’ennemis, des explosions assourdissantes, des membres arrachés, des balles qui transpercent l’air et les cranes, et des nuisibles qui dévorent les cadavres…. Vous êtes au cœur de la bataille et Mel Gibson et le commandant de votre unité. 55 millions de budget, 55 putains de millions!!! Pour un résultat bluffant de réalisme grâce à des cascadeurs au plus proche des explosions et de la chaleur de celles-ci, bluffant à travers une cruauté nécessaire pour permettre de tenter de comprendre le vécu de ses simples Américains envoyés à une mort certaine au nom d’une guerre qui les dépassaient complètement. Au milieu de tout ça, la grâce et la force de caractère de Desmond, ange pour certains, fou pour d’autres, un héros de cinéma tout simplement.tu_ne_tueras_point
À voir? Une incroyable histoire vraie, un incroyable héros, un incroyable film et une incroyable réalisation !!! Des acteurs surprenants et transcendés par Mel Gibson, une violence crue, mais nécessaire, une histoire avec de l’amour, de l’amitié, des valeurs et des convictions. À condition de laisser son cynisme à l’entrée de la salle…
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On a aimé
  • Un héros, un destin, la force de ses convictions au service d'une histoire poignante.
  • Mel Gibson nous fait vivre la guerre au plus proche du champ de bataille.
  • Des acteurs transcendés, Andrew Garfield en tête.
On a pas aimé
  • Une deuxième partie violente qui peut choquer les plus fragiles.
  • Un cinéma très 1er dégré, point de cynisme pour pouvoir apprécier la sincérité d'un héros et d'une histoire.
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Article écrit par Anthony

Grand consommateur de films, mais attention : j'aime la qualité!!! SF, fantastique, action, réflexion, comédie, français, étranger, drame, biopic, etc, etc, ... du moment que c'est fait avec le cœur et non avec les pieds!!!

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