Les invisibles

J’ai vu la bande annonce du film « Les invisibles » au cinéma, je me suis dis que ça avait l’air sympa. Une comédie sociale un peu à la Ken Loach. Et puis vu mes dispos, j’ai oublié le film. Jusqu’a ce que je vois qu’il soit diffusé dans la salle municipale de ma ville, que je devais aller voir suite à son réaménagement, avec de nouveaux sièges. Car les anciens étaient vraiment tape-cul et inconfortables au possible! Bref, me voila parti voir le film tout compte fait! Et c’était plutôt une (très) bonne idée!

Et les invisibles est bien plus engagé et prenant que ce que j’avais pu m’imaginer! Le film est à la fois très joyeux et lumineux, mais aussi désespérant par le regard sans fard ni complaisance qu’il porte sur notre société. Une société qui prend en charge ces personnes maltraitées par la vie. Mais du bout des doigts, de manière très clinique et distante. Comme ces « foyer de jour » qui ne peuvent accueillir des gens que la journée et qui doivent les pousser vers un « foyer de nuit » pour aller dormir.

La seule dose d’humanité dans ces rouages, c’est celle apportée par les travailleurs et travailleuses sociales. En l’occurrence ici des travailleuses, avec Corinne Masiero dans le rôle de Manu, la directrice du centre d’accueil l’envol. Une Corinne Masiero toujours aussi goguenarde et au verbe fleuri comme on la connait. Plus surprenante, Audrey Lamy, la rigolote hystérique de Scène de ménage, la « petite soeur » d’Audrey prouve qu’elle sait aussi jouer des personnages humains et profonds. Une vraie belle surprise que son personnage d’Audrey, une assistante sociale investie corps et âme dans son métier! Parfois même « trop » investie tant cela prend de place dans sa vie.

Car cette chaleur humaine apportée par ces travailleuses, c’est au prix d’un énorme investissement de leur part, en temps et en énergie. Il leur faut lutter au quotidien à la fois contre un système rigide et froid et à la fois avec des femmes qui sont tellement sorties du système qu’il est parfois difficile de les atteindre et de les remettre sur les « rails ». Quitte aussi à ce que leur dévouement leur soit reproché sous prétexte qu’ils couvent de « trop » ces femmes. C’est un exercice toujours sur le fil du rasoir. Soit se blinder et prendre du recul (Manu), soit s’investir à corps perdu quitte à négliger sa propre vie (Audrey).

Ou quitte à rentrer en désobéissance civile en décidant d’héberger en toute illégalité les SDF expulsées de leur campement. 🙂

Dura Lex, Sed Lex!

Et au milieu de tout cela, des règles et des lois parfois inhumaines. Ce sera illustré à de nombreuses reprises par le film. Mais l’une des scènes marquantes, c’est l’évacuation par la police du camp des femmes SDF. Réveillées au petit matin de manière brutales, elles doivent quitter le camp et tout ce qu’elles ne pourront pas emporter sera détruit. On comprends certes qu’elles occupent de manière illégale un terrain public. Mais la façon de procéder est brutale. On précarise encore plus ces gens qui n’ont déjà plus grand chose.

Je n’ai pas de solution ou d’idée miracle pour résoudre ces situations qui ne me sont pas familières. Mais un peu d’humanité et de bienveillance, ça ne fait jammais de mal.

Un témoignage qui ne juge pas

Pour moi, l’une des grande force du film, c’est de ne pas juger ou de ne pas prendre position. Il décrit les difficultés de ses femmes SDF à se réinsérer, celle de Manu et d’Audrey pour les aider. Si il met en lumière parfois la cruauté des lois et du système, il montre à chaque fois des « rouages » humains. On sent bien par exemple la détresse de la responsable des services sociaux de la ville qui vient superviser l’évacuation du camps de SDF. Elle ne le fait pas de gaieté de coeur et tente d’instaurer le dialogue. Mais cela restera peine perdue.

Mais ceci dit, le film démontre bien que le système d’aide sociale parce que justement il oublie l’humain, ne sert pas à grand chose pour la réinsertion. C’est d’ailleurs parce que la taux de réinsertion du centre de l’envol est catastrophique que la mairie va décider de le fermer. Comme dirait Macron, « on met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens ils sont quand même pauvres.  » . Encore une fois, insuffler du pognon, mais sans humain, ça ne fonctionne pas. Les gens ne sont pas des machines qu’il suffit de graisser et réviser pour les remettre dans le « circuit ».

Ce que montre le film, c’est qu’il ne suffit pas de mettre un peu d’argent ci et là. Il faut suivre les gens de manière individuelle. Mais surtout, il faut les aider à se reconstruire une image d’eux-même. Une dignité qu’ils ont perdus dans la rue. Leur faire prendre conscience qu’ils utiles et légitimes dans une société qui les a laissé au ban. Mais c’est un travail long et compliqué. Et sans doute pas toujours possible!

Presque un documentaire

Les invisibles a une quasi tonalité de documentaire. En partie parce qu’il est ancré dans la réalité (c’est l’adaptation du roman « Sur la route des Invisibles », écrit après une enquête auprès de SDF par Claire Lajeunie). Mais surtout parce qu’il fait le choix de prendre des actrices non professionnelles qui ont à un moment donné de leur vie connues la rue. Cela donne une galerie de personnages hauts en couleurs! En premier lieu, Catherine, l’ex-taularde bricoleuse qui ne sait pas mentir! Et qui raconte à l’envie qu’elle a appris à réparer l’électroménager en prison ou elle purgeait une peine pour le meurtre de son mari violent.

Au final

Je suis sorti assez secoué de ce film. Pour toutes les raisons que j’ai déjà énumérées. Cela fait déjà un certain temps que je constate que notre société dysfonctionne. Et avec les invisibles, c’est un nouveau pan de dysfonctionnements que je découvre. Avec encore malheureusement un sentiment d’impuissance devant ce constat. Sans vouloir tomber dans la provocation anarchiste, j’ai vraiment l’impression qu’il n’y a plus grand chose à espérer des institutions. Et chaque jour qui passe avec ses petites phrases politiciennes, ses provocations, ne fait que renforcer ce sentiment.

Reste que les invisibles est un témoignage fort et prenant! Allez donc le voir!

8.5 Note GeeKroniques
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Article écrit par Mat

Mat, créateur et admin du site GeeKroniques. Grand fan de séries et de culture Japonaise, je vous parle de mes coups de coeurs et parfois de mes coups de gueule! Retrouvez également mes tutos informatiques sur mon autre site.

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